Lundi 24 novembre :
Voilà une nouvelle semaine qui commence à Jucuaran, la 4ème depuis que nous sommes arrivés et nous commençons à prendre conscience du peu de temps qu’il nous reste pour finaliser les projets et profiter encore de ce beau pays.
Nous partons à quatre pour faire les courses à Usulutan. Ursulo est au commande du bus et tout se passe normalement jusqu’à ce qu’un vieil homme qui voulait monter dans le bus s’effondre au milieu de la route. Tous les passagers du bus commencent à s’agiter et Ursulo descend soudainement du bus pour porter le vieillard et l’allonger dans le bus. L’homme est conscient mais a du sang sur la tête. Du coup Ursulo remonte à toute vitesse au volant de son bus et fonce tout droit jusqu’à Usulutan, tout en passant des coups de fil. Ursulo ne s’arrête même plus pour faire monter les gens qui attendent sur le bord de la route et s’est à peine s’il ralenti lorsque quelqu’un veut descendre … ! Scène complètement hallucinante !! A Usulutan, nous nous arrêtons et deux minutes plus tard, deux voitures de police débarquent avec les gyrophares pour récupérer le vieil homme blessé. Bref, jamais nous ne seront arrivés si vite à Usulutan ! Nous sommes aussi ultra efficaces sur les courses et une heure plus tard, nous parvenons même à récupérer le même bus d’Ursulo qui repart en direction de Jucuaran. A l’aller comme au retour, des dizaines de vendeurs montent et descendent sans cesse du bus, comme d’habitude, pour tenter de nous vendre des quesadillas (gâteau au fromage), des bananes frites, des pastèques, des bonbons et tout un tas d’autres cochonneries. Un homme nous déroule aussi son argument de vente pour une pilule censée éliminer les bactéries et les parasites de votre corps et une autre nous vante aussi les bienfaits d’une pilule miraculeuse …
L’après-midi nous avons rendez-vous avec Lucia, la présidente du Comite Norte, une association locale avec qui nous travaillons depuis 3 ans et qui gère les microcrédits de vache, de poules et d’engrais. Le principe est simple : il y 3 ans, EDI a prêté de l’argent a des familles pour qu’elles puissent réaliser leur premier investissement et impulser un élevage de poules ou de vaches ou des cultures. Nous faisons donc avec elle un point sur le fonctionnement de des microcrédits : les familles semblent très satisfaites du partenariat et n’ont eu aucun problème pour rembourser l’argent prêté. Les premiers microcrédits ont été remboursés il y a peu et d’autres remboursements sont à venir, de telle sorte que, désormais les familles sont autonomes. L’argent remboursé au fur et à mesure sert à financer de nouveaux microcrédits pour de nouvelles familles ou pour des familles qui en bénéficient déjà et qui veulent étendre leurs élevages ou leurs cultures. Bref tout fonctionne pour le mieux ! Une réunion est prévue la semaine prochaine avec les familles bénéficiaires pour les rencontrer et éventuellement récolter leurs suggestions.
Mardi 25 novembre :
Ce matin réveil matinal à 6h30. C’est une journée décisive pour l’avancée de notre projet et qui promet d’être intense en travail. Nous avons programmé une réunion cruciale avec les deux Padres et quelques boursiers afin de procéder à la sélection des nouveaux boursiers. La réunion débute avec le Padre Nicolas, que nous avons tenu à inviter pour cette réunion, afin de l’impliquer au maximum dans le projet des bourses, et avec Oscar, l’un des boursiers qui vit dans le foyer à Jucuaran. Nous abordons avant tout chose la question du coût des fournitures scolaires et des uniformes avec Oscar. Comme une place se libère cette année dans le foyer, nous pensons aussi proposer à un élève qui passe en 3ème année de lycée et qui vit loin de Jucuaran, de venir finir sa dernière année au foyer. Nous devons d’abord demander l’avis du Padre Serafin et des autres garçons du foyer afin de voir s’ils sont prêts à accueillir un nouveau venu. Le Padre Serafin nous rejoint un peu plus tard et nous pouvons entrer dans le vif du sujet : nous lui présentons toutes les candidatures que nous avons retenu pour le moment afin d’avoir son avis sur la situation économique et familiale de chaque élèves. Le Padre est trop au taquet, il fait fonctionner à fond son réseau : dés qu’on lui parle d’un élève il appelle quelqu’un qui sera capable de lui fournir tous les renseignements nécessaires !! Un adepte du net-working le Padre, mieux que le réseau de l’ESSEC ! Il connaît absolument tout le monde et son aide nous est donc très précieuse afin de faire la sélection la plus juste possible. Nous pensons accorder cette année entre quinze et vingt bourses.
Vers 10h, Leonidas, notre ingénieur préféré nous rejoints. C’est un ami du Padre Serafin (on vous l’a dit : ici tout le monde se connaît !). Nous abordons avec lui l’autre point déterminant : le budget des deux salles de classe que nous avons prévu de construire à El Alambre. Nous avions fixé à Léonidas un budget de 15 000 dollars et celui-ci est parvenu à nous faire un devis à 14 999 dollars !! Ca se joue vraiment au dollar près ! Nous souhaitons éclaircir cependant quelque point : nous voulons être sûrs que le budget englobe bien tous les coûts afin de ne pas avoir de mauvaise surprise. L’eau nécessaire pour le chantier n’est pas comprise ainsi que le transport de l’eau et il serait préférable de budgéter un peu plus afin de prendre en compte les imprévus potentiels liés au chantier. Nous trouvons aussi étrange que l’ingénieur ne nous ait jamais parlé de sa rémunération personnelle … : il nous explique que son gain sera en fait minimal, il va essayer de grignoter sur chaque dépense pour pouvoir se rémunérer mais finalement pour lui ce n’est pas le chantier du siècle !! La construction de ces deux salles de lycée ne devrait donc pas dépasser les 16 000 dollars. Nous pouvons donc désormais affirmer avec une quasi certitude que nous allons pouvoir réaliser ces deux salles de classe et ainsi permettre à une trentaine d’enfants d’El Alambre d’aller au lycée, ce qui jusqu’ici leur était impossible. Afin de ne pas perdre de temps, le début de la construction est prévu pour lundi prochain. Les groupes de travail vont pouvoir se mettre en place et commencer par démolir les bâtiments actuels. Nous nous rendrons lundi sur place avec Leonidas afin de constater le début du chantier.
Que de bonnes nouvelles !!
Rudy, un autre boursiers du foyer nous rejoints alors que les Padres, Oscar et Leonidas prennent congés. Nous discutons avec lui des nouveaux boursiers et lui posons les mêmes questions qu’à Oscar concernant les coûts des fournitures scolaires.
La réunion s’achève vers midi et demi.
Nous nous dépêchons de manger car nous sommes invités à 13h par l’ex belle-mère d’Elena à faire des enchilladas chez elle. Elle vient nous chercher et nous marchons une vingtaine de minutes pour rejoindre le village de Guazacapan. Sa maison est assez rudimentaire, sans électricité, faîte de tôles et de bois, avec un sol en terre et rafistolée de toute part, mais l’endroit est trop mignon : en arrivant il y a un petit chemin bordé de fleurs et de plantes et une petite cour dans laquelle gambadent des dizaines de petits poussins et de poules. Derrière la maison il y a un petit jardin avec un grand réservoir d’eau qui fait aussi office de salle de bain. Les toilettes sont des latrines construites par Oïkos !! Même ici l’ESSEC nous poursuit ! Il y a aussi deux poulaillers dans lesquels deux énormes poules sont en train de couver des œufs ou de tenir chaud à de minuscules bébés poussins. Nous sommes un peu tous émerveillés par l’endroit ! Après la découverte des lieux nous passons à la confection des enchilladas : il s’agit d’un plat typique du Salvador, au même titre que les pupusas et autres tortillas. Les enchilladas sont de petites galettes rondes faîtes à partir de farine de maïs et frites dans l’huile. La pâte est d’abord préparée en mélangeant de l’eau, de la farine de maïs, de la graisse, du colorant et du bouillon. Amélia, l’ex belle-mère d’Elena, saisie ensuite un bout de pâte qu’elle imbibe d’huile (et là, nous commençons à nous dire qu’on aurait peut-être pas dû manger ce midi …). Elle forme avec ses doigts un disque de pâte et lui donne ensuite la forme d’un sombrero qu’elle aplanit ensuite avec les paumes de ses mains… toute une technique !! Elle fait ça avec une dextérité impressionnante ! Elle plonge ensuite les galettes dans une énorme casserole remplie elle aussi d’huile bouillante …Elle les fait frire environ cinq minutes puis les ressort en les posant sur du papier absorbant (plus pour se donner bonne conscience qu’autre chose car les galettes sont de toute façon gorgée d’huile… !). Ces galettes se servent accompagnées de salades, de fromage râpé, d’œufs durs et de purée de frijoles. Après la démonstration, place à la pratique ! Nous réalisons tous nos galettes avec plus ou moins de réussite et nous voila attablés à 3 heures de l’après-midi, à faire un deuxième déjeuner et à manger des enchilladas … Mais c’est tellement bon qu’on ne résiste pas à l’envie de nous resservir…Vers 16h, nous quittons les lieux après avoir remercié notre hôte et promettons de lui en acheter lorsqu’elle repassera chez nous.
La fin de la journée se passe tranquillement, entre rédaction de carnet de bord et lecture. Nous n’avons plus faim pour dîner. Couchés à 21h …
Mercredi 26 novembre
Au programme aujourd’hui une journée un peu plus off : nos trois sportifs Elo, Aurélie et Coco n’en pouvant plus de ne pas avoir quitté Jucuaran depuis deux jours partent faire un footing jusqu’à la Ringlera. Les moins téméraires restent à la maison pour travailler et nous sommes emportés par un formidable élan de motivation : nous réalisons un fichier Excel regroupant par collège et lycée les boursiers potentiels. Nous appelons tous ces élèves pour déterminer au cas par cas le coût du transport entre leur maison et l’école. Nous en profitons pour tester à nouveau leur motivation, leur rappelant qu’ils s’engagent à aller au lycée pendant 3 ans et à avoir de bonnes notes, et discutons aussi avec les parents lorsque c’est nécessaire. Parfois nous préférons appeler l’école afin d’obtenir des informations complémentaires sur la situation économique de certains. Ce travail nous prends un temps fou mais grâce à tous ces appels, nous pouvons maintenant déterminer exactement le coût de chaque bourse pour chaque élève et ainsi faire une estimation du nombre de bourses que nous allons pouvoir accorder en fonction de notre budget restant. Nous terminons à 13h.
L’après-midi, alors que nos sportifs sont revenus, Aurélie la trésorière et pro d’Excel réalise avec Laura G. un fichier d’estimation du coût des bourses avec tout un tas de formules compliquées…
Vers 17h30, des enfants viennent à la maison pour prendre un cours d’anglais, qui se transforme en fait en cours de français.
Vers 19h, nous nous remettons au travail pour appeler le lycée de Samuria et programmer la remise des diplômes qui aura lieu mardi matin de la semaine suivante. Nous prévoyons aussi une séance de course à Usulutan le mercredi afin d’acheter les fournitures scolaires et pouvoir les remettre en main propre aux boursiers. Ceci afin de mieux contrôler où va notre argent. Nous réglons encore quelques points concernant le budget : quel taux de change euro/ dollars prendre en compte ? De combien sont les frais de commission de la banque pour le transfert de notre argent du compte français sur le compte salvadorien ?
Après cette journée de travail finalement bien remplie, nous préparons nos sacs pour les 3 jours d’excursions que nous avons prévues. Et nous nous couchons vers 22h …Grosse veillée au Salvador !
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